Dans le cadre du programme Yooab Laada, INADES-Formation a organisé un déjeuner de presse, le samedi 27 décembre 2025, au centre de l’association Béog-neeré agroécologie, situé à Roumtenga. Cette rencontre, qui a réuni plus d’une dizaine de journalistes, avait pour objectif d’informer les hommes et femmes de médias sur les initiatives de plaidoyer en cours pour la réduction de l’utilisation des pesticides chimiques de synthèse et la promotion de l’agroécologie.
L’utilisation abusive et non maîtrisée des pesticides chimiques de synthèse dans l’agriculture burkinabè continue de poser de graves problèmes de santé publique et de dégradation de l’environnement. C’est l’un des principaux constats d’une étude menée en 2022 par INADES-Formation Burkina, et présentée à l’occasion de ce déjeuner de presse organisé dans le cadre du programme Yooab Laada.

Selon David Zoundi, chargé de programmes Systèmes alimentaires à INADES-Formation Burkina, cette étude visait à produire des évidences scientifiques sur les impacts des pesticides chimiques de synthèse sur l’environnement et la santé humaine. « Nous avons constaté une utilisation massive, abusive et non raisonnée des pesticides chimiques, avec des conséquences graves, notamment la contamination des eaux de surface, des cas d’intoxication alimentaire et des risques importants pour la santé humaine », a-t-il déclaré.

Des pesticides non homologués largement utilisés
L’étude, conduite dans quatre régions du Burkina Faso, a concerné à la fois des zones de production cotonnière et des zones de cultures maraîchères. Les résultats révèlent une situation particulièrement préoccupante. Dans les zones cotonnières, la majorité des pesticides utilisés sont homologués, et payés à la SOFITEX. En revanche, dans les zones de production maraîchère, notamment à Loumbila–Koubri, plus de 70 % des pesticides utilisés sont non homologués.
Plus alarmant encore, certains des produits identifiés figurent sur la liste des pesticides hautement dangereux et sont classés comme cancérogènes. « Ces substances représentent une menace directe pour la santé des producteurs, des consommateurs, ainsi que pour la biodiversité », a souligné M. Zoundi.
Des plaidoyers pour la transition agroécologique

Face à cette situation, les acteurs du programme Yooab Laada appellent à une transition urgente vers l’agroécologie. Alidou Belem, Président du comité de plaidoyer (COMPLAI), explique que ce déjeuner de presse s’inscrit dans une dynamique de sensibilisation et d’influence des décideurs.
« Le programme Yooab Laada est structuré autour de trois axes majeurs : les systèmes alimentaires durables, la gouvernance et les questions de genre. Pour porter efficacement notre plaidoyer, nous avons besoin d’évidences concrètes. C’est pourquoi nous mettons en avant les résultats de nos études et les expériences de terrain », a-t-il indiqué.

Les principaux axes de plaidoyer portent notamment sur : l’amélioration de l’accès au financement au profit des bio-intrants ; des réformes du dispositif et des mécanismes de financement des produits agroécologiques locaux ; du renforcement de la sensibilisation et de la formation autour des bio-intrants ; de la mise aux normes et l’amélioration des performances techniques des unités de production de bio-intrants ; la stimulation de la consommation locale des bio-intrants ; et une plus grande mutualisation entre les promoteurs de bio-intrants et une meilleure accessibilité physique des produits.
Des sites de référence qui prouvent que l’agroécologie fonctionne
Au cours de la journée, les participants ont visité le site de l’association Béoneeré Agroécologie, où s’est tenu le déjeuner de presse. Ce site est présenté comme une preuve tangible que l’agroécologie peut contribuer efficacement à la souveraineté alimentaire du Burkina Faso. Les visiteurs ont pu y observer plusieurs pratiques agroécologiques, notamment la production de semences paysannes favorisant l’autonomisation des producteurs ; l’utilisation de bio-intrants (biofertilisants et biopesticides) fabriqués localement ; l’association et la rotation des cultures pour préserver la fertilité des sols ;
l’adaptation des cultures aux saisons et aux conditions climatiques locales.

« Nos pratiques s’inspirent à la fois des savoirs locaux et des connaissances scientifiques. Elles respectent les lois de la nature et permettent de produire sainement tout en protégeant les sols, l’eau et la biodiversité », a expliqué Razack Belemgnegré, coordonnateur général de l’association Béoneeré Agroécologie, à l’issue de la visite.
Dans un contexte marqué par la dégradation avancée des terres, la perte de biodiversité et les effets du changement climatique, M. Belemgnegré estime que l’agroécologie constitue une alternative crédible et durable. « L’agroécologie est aujourd’hui une voie claire pour réparer les dégâts causés à l’environnement, garantir une alimentation saine aux populations actuelles et futures, et atteindre la souveraineté alimentaire du Burkina Faso. Pour la réussir, il faut réunir cinq éléments essentiels : la semence, la maîtrise de l’eau, de l’énergie, la mécanisation des outils et une gestion adéquate du foncier », a-t-il rappelé.

Aussi, le coordonnateur général a invité les entrepreneurs dans le domaine, les jeunes passionnés de l’agroécologie, a une formation d’un mois gratuit suivi d’une assistance et de perfectionnement de deux mois, dans les jours à venir au sein du centre.
Il convient de rappeler que Yooab Laada, signifie « communauté épanouie » en langue nationale mooré, et est un programme mis en œuvre dans plusieurs localités du Burkina Faso par des partenaires locaux, avec l’appui technique et financier de l’ONG Broederlijk Delen. Il est déployé notamment à Houndé, Bondokuy, Passokongo, Gomponssom, Kougoussi, Loumbila et Koubri.
Nadège KINDA
Minute.bf






