dimanche 8 mars 2026
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Services de santé en zone reconquise : Paga, la sage-femme au front de la vie dans le Nakambé

Dans la région du Nakambé, plus précisément à Koundara (nom d’emprunt), alors que l’administration et les services de santé avaient plié bagages en raison de la menace terroriste, une femme a choisi de rester. Elle a choisi de résister, mieux, de braver le danger… pour sauver des vies. Nous l’appellerons Paga, pour des raisons évidentes de sécurité. Sage-femme en service dans cette partie du pays, elle n’a pas fui quand les forces du mal ont débarqué dans la zone en 2023. Dans un village sous blocus, elle a aidé plus d’une vingtaine de femmes à donner la vie, au péril de sa propre vie. Comme le soldat engagé armes à la main sur le front de la lutte antiterroriste, Paga avait choisi son propre front, celui d’assurer la continuité d’un important pan du système de santé dans une localité sous pression. Nous l’avons rencontrée le mercredi 11 février 2026 au détours d’une mission dans cette zone récemment reconquise et consolidée.

Quand d’autres voyaient la mort rôder sur chaque sentier, elle, voyait la vie à faire naître. Quand la terre tremblait sous le poids des explosifs, ses mains, elles, restaient fermes pour accueillir les nouveau-nés.

Paga, la sage-femme qui a bravé l’insécurité pour donner vie

Âgée d’une cinquantaine d’années, Paga (nom d’emprunt) aurait pu fuir l’insécurité comme tant d’autres. Mais pour elle, abandonner ses contrées natales aurait été une trahison.

Alors que les hommes sans foi ni loi faisaient régner la terreur à Koundara, Paga a choisi de braver le danger, de jour comme de nuit, pour un seul et même combat : donner la vie.

Les patients fréquentes le CSPS

Son arme, un vieux vélo. Son bouclier, une volonté inébranlable de sauver des vies quitte à y laisser la sienne. « C’est ce que je sais faire le mieux, aider les autres et soigner les malades », confie-t-elle, du haut de sa stature. Et de poursuivre son témoignage : « Quand j’apprenais qu’une femme enceinte était isolée dans un village, je prenais mon vélo et j’y allais. Avant que les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) ne sécurisent la zone, ces localités étaient sous emprise terroriste. J’avais peur, bien sûr, mais je me disais que c’était un sacrifice nécessaire. Je voulais sauver ces vies, même si je devais y laisser la mienne. C’est une vocation que je ne pouvais pas renier. Il y avait la peur mais c’est avec ce courage que je traversais des voies minées, impraticables, pour aller assister ces femmes, souvent la nuit, parfois le jour », laisse-t-elle entendre.

Le major du CSPS saluant le courage de Paga

Une source sécuritaire va corroborer pour nous, les dires de la sage-femme. Elle confirme qu’en mai 2023, le chef-lieu de la province était encerclé et qu’il était impossible pour un civil d’emprunter l’axe menant aux différents villages.

Mais Paga l’a fait, animée d’une témérité et d’un courage à toute épreuve. Rien que durant l’année 2023, elle a assisté une vingtaine d’accouchements dans ces conditions assez difficiles. Au moins 20 bébés sont nés de ses mains dans cette période assez difficile.

« Dieu merci, aujourd’hui, la sécurité est revenue et le Centre de Santé et de Promotion sociale (CSPS) est ouvert. Les femmes viennent désormais jusqu’à nous », a-t-elle salué.

Vu du CSPS

Aujourd’hui, Paga ne parcourt plus seule ces routes devenues praticables grâce à la bravoure des Forces combattantes qui ont nettoyé la zone. Son savoir, son expérience et son courage, elle les transmet aux plus jeunes du CSPS de Koundara.

Désormais, ce ne sont plus les femmes enceintes qu’elle cherche dans la brousse, mais les jeunes sages-femmes à qui elle confie le flambeau de l’espoir.

Les collègues de Paga sont fiers d’apprendre aux côtés d’elle

Ses collègues major du CSPS du village témoignent du don de soi de cette héroïne. Il ne cachent pas leur admiration pour cette sage-femme. « La bravoure de cette maman nous inspire tous les jours dans ce centre de santé. Ce qu’elle a accompli, dans les conditions que l’on connaît, est tout simplement énorme. Il n’y a pas de mots ni de prix pour mesurer une telle abnégation », a reconnu le major du CSPS.

Pour information, le lundi 02 février 2026, le Ministre de la Guerre et de la Défense patriotique, Général de Division, Célestin Simporé, affirmait que l’intensification des opérations de sécurisation des forces combattantes a permis de contrôler près de 74 % du territoire national. Ce taux, faut-il le rappeler, correspond à environ 400 à 500 villages reconquis. Le Ministère de la Guerre et de la Défense patriotique a enregistré une performance globale de 92,32 % pour son contrat d’objectifs 2025 ; toute chose qui prouve à souhait que la reconquête avance bien.

Derrière ces chiffres, il y a Paga. Le major du centre de santé s’est réjoui de son œuvre qui a permis que la vingtaine de bébés qui courent aujourd’hui dans des villages pacifiés de voir le jour.

Nakambé : Paga, la sage-femme qui parcourait les villages à vélo pour donner la vie dans des localités reconquises

NB : Pour des raisons de sécurité, nous avons utilisé des noms d’emprunt des personnes et des localités. Nous avons également caché le visage des personnes.

Lire aussi : Reconquête du territoire national : Dans le Nakambé, la vie reprend ses droits dans les localités où le bruit des armes s’était imposé

Mathias KAM
Minute.bf

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