lundi 12 janvier 2026
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Edito | Résultats des examens de fin de parcours au Faso : « Génies en exil, avenir en péril »

Alors que les résultats du BEPC et du BAC 2025 font des révélations sur des élèves au potentiel exceptionnel, une autre réalité, moins reluisante, se profile : celle de la fuite silencieuse mais massive de nos meilleurs cerveaux. Le Burkina Faso célèbre des victoires scolaires, mais perd chaque année une part précieuse de son avenir.

La session 2025 des examens de fin de parcours et de cycle au BEPC a encore révélé une génération de jeunes Burkinabè brillants. Des jeunes qui ont décroché leur sésame précieux avec des moyennes qui forcent l’admiration. Dans plusieurs régions, les médias et les réseaux ont relayé les performances exceptionnelles de ces élèves, témoins d’un potentiel national incontestable. Pourtant, derrière l’éclat de ces réussites scolaires, se cache une interrogation aussi cruciale que troublante : où partent nos cerveaux ?

Le constat est alarmant : malgré la reconnaissance publique, les lauréats les plus brillants sont trop souvent absorbés par des systèmes étrangers, emportés par des bourses internationales, des opportunités d’études hors du pays, voire des promesses d’un avenir plus stable et plus valorisant ailleurs. La fuite des cerveaux, ce mal silencieux, grignote peu à peu l’intelligence burkinabè. Elle transforme chaque succès scolaire en une défaite nationale différée.

Certes, des efforts sont en cours. Le projet de construction des Lycées scientifiques dans les différentes régions est à saluer : il s’agit d’une tentative noble de créer une élite scientifique endogène. Mais ces initiatives restent encore trop timides face à l’ampleur du défi. Les établissements nationaux d’accueil, notamment les lycées d’excellence et les universités publiques, peinent à répondre aux aspirations de ces jeunes. Infrastructures inadaptées, absence de laboratoires modernes, surcharge des effectifs, outils encadrement académique déficient, tout pousse nos talents à regarder ailleurs.

Plus grave encore est le silence coupable des autorités éducatives et universitaires. Aucun plan cohérent et visible de conservation des cerveaux n’est établi. Aucun suivi post-réussite n’est assuré. Les lauréats deviennent des trophées éphémères que l’on exhibe dans les journaux, les réseaux sociaux avant de les laisser s’envoler, parfois sans retour. Quand un cerveau burkinabè éclot à Harvard, à Paris ou à Ottawa, nous en sommes fiers, certes, mais que faisons-nous pour qu’il revienne, ou mieux, qu’il n’ait pas besoin de partir pour s’épanouir ?

Il ne s’agit pas de diaboliser la mobilité académique internationale, mais d’interpeller sur l’absence de stratégie claire pour transformer l’excellence en richesse nationale. Le Burkina Faso ne peut pas continuer d’être le réservoir de matière grise pour les grandes puissances étrangères. Il est urgent de :

  • créer des pôles d’excellence universitaires attractifs à l’échelle nationale et régionale ;
  • accorder des bourses nationales à obligation de retour ou de service après études ;
  • renforcer l’investissement dans la recherche scientifique locale ;
  • mettre en place un suivi national des parcours des meilleurs élèves, afin d’en faire des références vivantes au service du pays.

Chaque élève ou étudiant brillant qui quitte le pays sans perspective de retour est un fragment de futur que nous cédons. Il est temps que le Burkina Faso se dote d’une vision nationale ambitieuse de valorisation de ses intelligences, au lieu de les abandonner à la MERCI et aux convoitises étrangères.
Si nous ne faisons rien, les talents que nous formons avec fierté continueront de construire ailleurs ce que nous rêvons encore d’avoir ici. Il ne suffit plus d’applaudir les réussites : il faut agir pour les retenir, les encadrer, et les valoriser sur notre propre sol. Car un pays qui laisse partir ses génies sans retour creuse lui-même le vide de son développement endogène.
Nous avons des génies. Ne les laissons pas devenir les bâtisseurs d’un avenir qui ne sera pas le nôtre !

Dr Dramane Patindé KABORE, Enseignant-chercheur au CU-Dori et Journaliste-communicant 

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