Delphine Bamogo/Kaboré est désormais Docteure en Sciences du langage option Analyse du discours. Elle a obtenu ce grade après avoir brillamment soutenu sa thèse de doctorat unique à l’Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ), ce samedi 16 avril 2026. Ses recherches, co-dirigées par le Pr Bernard Kaboré du Burkina Faso, et par la Pre Aimée-Danielle Lezou/Koffi de la Côte d’Ivoire, ont porté sur le thème : « Analyse pragmatique des interactions verbales sur les réseaux sociaux numériques : l’exemple des vidéos de coachs ». À l’issue de sa présentation, le jury a jugé son travail recevable et lui a décerné la mention « Très honorable ».
À l’ère du numérique, où les réseaux sociaux façonnent et modèlent de plus en plus les modes de communication et d’influence, les contenus produits par les coachs suscitent un intérêt croissant dans le vaste chantier de la recherche universitaire, notamment dans les Sciences du langage. C’est dans cette dynamique que l’impétrante Delphine Kaboré/Bamogo a inscrit ses travaux de recherche pour son admission au grade de Docteure en Sciences du langage.

Selon la nouvelle docteure Kaboré, ses recherches ont consisté à analyser les interactions discursives dans les vidéos de coaches diffusées sur Facebook. Son étude a porté sur trois coaches, dont Simon Ouédraogo du Burkina Faso, Hamond Chic Caviar de la Côte d’Ivoire et Lady Sonia du Congo-Brazzaville. D’après Dre Delphine Kaboré, son corpus a concerné plus de 100 vidéos collectées, avec au final 60 vidéos retenues pour l’analyse.
« L’objectif principal de cette recherche était d’examiner les discours produits aussi bien par les coaches que par les internautes, afin de comprendre les types d’interactions qui se développent autour de ces contenus numériques et le degré d’adhésion des publics aux idées véhiculées », a-t-elle déclaré à l’issue de la soutenance.
À l’en croire, les résultats de l’étude ont permis d’identifier plusieurs formes de vidéos et d’interactions, notamment les monologues, les vidéos personnelles et les directs, favorisant les échanges avec les internautes. De dires de Delphine Kaboré/Bamogo, l’analyse montre que ces contenus ont un impact important sur les abonnés, dont plusieurs adhèrent aux messages diffusés et témoignent de transformations personnelles. Toutefois, certains internautes expriment également des critiques ou des réserves, tandis que d’autres se contentent d’observer sans prendre clairement position.

En outre, Delphine Kaboré/Bamogo préconise une réflexion sur l’encadrement et la réglementation des échanges sur les réseaux sociaux, voire une forme d’institutionnalisation des discours numériques des coaches. Elle envisage également d’approfondir ses recherches à travers des approches comparatives, sémiotiques et ethnographiques.
Pour sa co-directrice de thèse, Pre Aimée-Danielle Lezou/Koffi, de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody en Côte d’Ivoire, le thème de l’étudiante est actuel et pertinent, et soulève de nombreuses interrogations scientifiques. D’après elle, au-delà de l’analyse des stratégies et des mécanismes de « discursivisation » des coachs, la trouvaille scientifique de Delphine Kaboré vient combler un vide laissé par une catégorie socioprofessionnelle.

« Les coachs connaissent aujourd’hui un tel succès parce que certaines catégories socioprofessionnelles ont peut-être laissé un vide. Je pense notamment aux psychologues. Il était donc important d’analyser les mécanismes et les stratégies discursives déployés par ces coachs pour atteindre un tel impact. L’objectif était véritablement d’étudier les interactions verbales, les stratégies de communication ainsi que la dimension pragmatique de ces coachings en ligne », a-t-elle déclaré à l’issue de la soutenance.
Des résultats jugés pertinents pour la recherche et les politiques publiques…
De l’observation de la Pre Aimée-Danielle Lezou/Koffi, les travaux de la Dre Delphine Kaboré constituent un sésame précieux dans l’élaboration des politiques publiques sur la communication digitale. « Pour moi, c’est un thème pertinent et d’actualité, qui pourrait contribuer à l’élaboration de politiques publiques, notamment dans le domaine de l’encadrement de la communication en ligne, mais également dans la prise en charge des violences basées sur le genre », a-t-elle fait savoir.
Revenant sur sa rencontre avec l’impétrante, la Pre Lezou/Koffi a indiqué que cela a été possible grâce à la collaboration qu’il y a eue entre elle et le directeur de thèse, le Pr Bernard Kaboré. « J’ai été invitée par mon collègue, le Pr Bernard Kaboré, à suivre une étudiante qui souhaitait travailler en analyse du discours. C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai accepté, parce que le Pr Kaboré et moi avons déjà eu d’autres opportunités de collaboration qui se sont très bien déroulées. Nous avons donc monté le dossier, celui-ci a été accepté, et nous avons pu encadrer ensemble la Dre Delphine Kaboré-Bamogo », a-t-elle rappelé.

Abordant les conditions dans lesquelles la thèse a été réalisée, Aimée-Danielle Lezou/Koffi a indiqué qu’elles sont celles de beaucoup d’étudiants en thèse dans les pays d’Afrique subsaharienne, avec peu de moyens et un accès limité à la documentation. Cependant, elle s’est réjouie du fait que le numérique ait permis de contourner certaines difficultés. Aussi, a-t-elle salué la persévérance et la réceptivité de l’impétrante.
« Je lui ai transféré des documents PDF et nous étions régulièrement en contact via WhatsApp. La collaboration et la communication étaient constantes. Avec le Pr Bernard Kaboré, ici présent pour le suivi quotidien, nous avons pu mener cette thèse jusqu’à son aboutissement. L’impétrante s’est beaucoup investie dans ce travail. Elle a énormément travaillé et s’est toujours placée dans une posture d’apprentissage. Dans cette dynamique, elle accueillait nos observations avec sérénité et enthousiasme », s’est satisfaite la Pre Aimée-Danielle Lezou/Koffi.

Très satisfaite de la validation de son travail par le jury, la Dre Delphine Kaboré considère cette soutenance comme le début d’un parcours de recherche plus approfondi dans le domaine de l’analyse du discours numérique. En perspective, elle entend voir ses travaux valorisés dans les sphères scientifiques nationales et internationales.
Jean-François SOMÉ
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