lundi 30 mars 2026
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Administration publique sous la RDP : Luc Damiba décrypte les fondements de la réforme sankariste

En marge de la première quinzaine de la 3ᵉ édition des Journées nationales d’engagement patriotique et de participation citoyenne (JEPPC), le conseiller spécial du Premier ministre, Youlouka Luc Damiba, a animé une communication sur le thème : « L’administration publique révolutionnaire sous la RDP ». Cette intervention s’est faite lors d’un panel de haut niveau organisé le 27 mars 2026 à Ouagadougou, à l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM).

C’est par un rappel historique que Youlouka Luc Damiba a présenté la nature de l’administration publique burkinabè sous la Révolution démocratique et populaire (RDP), conduite par le président Thomas Sankara.
Selon lui, avant l’avènement de la Révolution, l’administration et ses acteurs étaient fortement influencés par des manières impérialistes. « Pendant plus de 50 années, il y a eu une production de services orientés vers les besoins et les intérêts de l’impérialisme. La langue adoptée, les outils utilisés et même les méthodes de travail en sont issus », a-t-il déclaré.

C’est alors, dit-il, que la RDP est arrivée avec une nouvelle donne. Mais là encore, il a fait savoir que les réformes engagées par le Président Thomas Sankara dès 1983 se sont heurtées à des obstacles majeurs. Il a souligné que s’attaquer à la petite bourgeoisie d’alors revenait à s’attaquer à la direction même de la Révolution.
« Lorsqu’il est arrivé au pouvoir avec ses camarades, il a engagé une transformation profonde et défini un modèle d’administration publique révolutionnaire, déjà perceptible dans le Discours d’orientation politique », a-t-il expliqué.

Fort heureusement, soutient-il, Thomas Sankara était conscient que les acteurs chargés de mettre en œuvre ces réformes étaient eux-mêmes porteurs des dysfonctionnements à corriger. Il a alors composé avec cette contradiction, dans le but de bâtir une administration au service direct des masses populaires.

Trois axes majeurs de la transformation…

La vision administrative de la RDP reposait sur trois axes fondamentaux d’après Youlouka Luc Damiba. Il s’agit de la destruction de l’État néocolonial afin d’édifier un État garantissant la souveraineté populaire, la mise en place d’une administration moins coûteuse, plus souple et plus efficace et la décentralisation et la déconcentration du pouvoir pour rapprocher l’administration des citoyens. Cette dynamique s’est traduite par un vaste processus de réorganisation administrative, incluant notamment le changement de nom du pays en Burkina Faso, « Patrie des hommes intègres », considéré comme un véritable programme politique.

La réforme de la fonction publique a été également marquée par la relecture des statuts, avec pour objectif la moralisation de la vie publique. La lutte contre la corruption, le népotisme et la promotion de l’exemplarité des dirigeants étaient aux centres de ses réformes, s’est rappelé M. Damiba. Ainsi, la création des Comités de défense de la révolution (CDR) a contribué à démocratiser le pouvoir en impliquant directement les citoyens dans la gestion publique.

La réforme de l’armée visait, quant à elle, à transformer une institution perçue comme « néocoloniale » en une armée intégrée au peuple et engagée dans le développement national.

Par ailleurs, une politique d’épuration administrative a été menée. Les agents jugés incompatibles avec la dynamique révolutionnaire ont été écartés, mettant fin à la notion de neutralité administrative au profit d’un fonctionnaire engagé, conscient et proche des populations.
Toujours selon Youlouka Luc Damiba, la Révolution avait également instauré une nouvelle moralité publique, fondée sur l’intégrité, la modestie et la lutte contre l’impunité, notamment à travers les Tribunaux populaires de la révolution (TPR) et les mécanismes de contrôle citoyen.

Les fonctionnaires n’étaient pas à l’écart, ils étaient au contraire, impliqués dans la production nationale, à travers des retenues salariales de 5 à 8 %, destinées à financer des infrastructures sociales telles que des écoles, des centres de santé et des forages.

Youlouka Luc Damiba est revenu sur les transformations de l’administration publique sous la RDP

Sur le plan économique, des résultats notables ont été observés. Selon Luc Damiba, le Burkina Faso est passé en quelques années d’un déficit budgétaire important à un excédent, sans recours à l’aide extérieure. Ainsi, le déficit de 615 000 000 de FCFA enregistré au premier trimestre de 1983 est tombé à 1 000 000 en 1984, avant de se transformer en un excédent d’environ 1,985 milliard de FCFA en 1985.

Des limites…

Malgré ces avancées, l’expérience a connu des limites importantes. La principale difficulté résidait dans la résistance des élites administratives, peu disposées à abandonner leurs privilèges. « Certaines réformes ont été sabotées de l’intérieur », a-t-il relevé, évoquant également des dérives au sein des CDR et des sanctions parfois jugées excessives, notamment les licenciements massifs.

En conclusion, Youlouka Luc Damiba a souligné que la vision de Thomas Sankara reposait sur une administration de combat, portée par des agents publics intègres et engagés au service de l’intérêt général.
« Aujourd’hui, l’enjeu est de tirer les leçons de cette expérience afin d’adapter les principes d’une administration révolutionnaire aux réalités actuelles », a-t-il conclu.

Jean-François SOMÉ
Minute.bf

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