L’Observatoire de production et d’analyse du discours (OPAD) tient, du 24 au 26 septembre 2026 à l’Université Joseph KI-ZERBO de Ouagadougou, son 2e Colloque international. Placée sous le thème : « Repenser l’analyse du discours à partir des théories et épistémologies africaines : enjeux endogènes, postcoloniaux et scientifiques », la rencontre réunit chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants et acteurs de la recherche autour des enjeux contemporains de l’analyse et de la circulation des discours en contexte africain.
Face à la recrudescence des discours de souveraineté en Afrique, le deuxième colloque international sur l’analyse du discours au Burkina Faso entend jouer sa partition. Organisée par l’Observatoire de production et d’analyse du discours (OPAD), en collaboration avec le Laboratoire Langue, Discours et Pratiques Artistiques (LADIPA), le Laboratoire de Recherche en Lettres, Langages, Arts et Communication rattaché à l’Université Norbert Zongo (LABOLAC) et le Réseau Africain d’Analyse du Discours (R2AD), cette rencontre scientifique a pour objectif de poser les jalons d’une «endogénéisation» de l’analyse du discours en Afrique.

Selon le président du comité d’organisation, Dr Boukary Nébié, l’objectif est de questionner la problématique des théories importées dans la production du discours en Afrique. À l’entendre, les enjeux de ce colloque sont importants. « Les enjeux sont énormes. Il s’agit déjà d’en montrer un ou deux. Le premier, qui est même l’essence de l’organisation de cette activité, c’est qu’aujourd’hui, dans presque tous les pays africains et dans le monde, la question de la souveraineté des nations, des États et des peuples se pose avec acuité. Est-ce que ces théories-là sont véritablement appropriées pour des corpus africains, quand la théorie vient d’ailleurs ? C’est véritablement cela que nous allons questionner », a-t-il déclaré.

Dans cette problématique, il n’y a pas que le politique ou le volet économique qui doivent être concernés. Le volet recherche et enseignement supérieur doit également questionner ces éléments, d’après le Dr Boukary Nébié. « Quand vous prenez un domaine comme l’analyse du discours, où l’on sait que, de plus en plus, nos sociétés sont aussi malades parce que nous produisons des discours qui, parfois, ne sont pas bien compris ou même pas bien formulés, l’OPAD a voulu, pour cette deuxième édition, questionner la problématique des théories que nous importons », a-t-il ajouté.
Pour le représentant du ministre de l’Enseignement supérieur, président de l’édition, Dr Alain Ouédraogo, le thème, au-delà de sa pertinence et de son actualité, touche à une question essentielle pour les sociétés : leur capacité à produire elles-mêmes les connaissances permettant de comprendre les réalités, d’éclairer l’avenir et d’agir conformément à leurs propres besoins. « C’est pourquoi la réflexion que l’OPAD et ses partenaires mettent aujourd’hui en débat, revêt une importance particulière », a-t-il apprécié.

De l’avis du Dr Alain Ouédraogo, repenser l’analyse du discours à partir des théories et des épistémologies africaines, ce n’est cependant pas tourner le dos aux connaissances produites dans d’autres espaces scientifiques. « C’est plutôt affirmer que l’Afrique a aussi des cadres de pensée susceptibles de contribuer à l’enrichissement de la science universelle », a-t-il dit.
Cette volonté d’appropriation scientifique est également défendue par le Pr Djédjé Hilaire Bohui de l’Université Félix-Houphouët-Boigny de Cocody, conférencier inaugural du colloque. Pour cet universitaire, les méthodes héritées de l’extérieur peuvent montrer des limites lorsqu’elles sont appliquées à des réalités culturelles différentes. « Par l’histoire, nous avons hérité des matrices méthodologiques importées, construites ailleurs. Mais dans la mise en œuvre, au niveau des outils opérationnels, quand ces méthodes sont appliquées à la verbalisation en Afrique, ces méthodes-là montrent souvent leurs limites opérationnelles », a-t-il expliqué.

« Les avertisseurs communicationnels africains »
À partir de ce constat, le Pr Hilaire Boyi dit travailler sur une nouvelle approche qu’il présente comme une théorie et un concept : « les avertisseurs communicationnels africains ». Il a précisé toutefois que le dispositif demeure en construction.
« J’ai mis en place, dans ce cadre-là, pour l’instant, ce que je considère comme un protocole interprétatif. La méthode est en construction et je vais donc essayer d’apporter la preuve que les méthodes importées d’Europe, en général, certes fonctionnent, mais comme toute méthode, toute création humaine est toujours en articulation fusionnelle, de façon ontologique, avec le milieu de création », a-t-il déclaré. Pour lui, l’enjeu est donc de développer des outils capables de mieux rendre compte des spécificités des sociétés africaines.
Au programme, le président du comité scientifique, le Pr Sidiki Traoré de l’Université Joseph KI-ZERBO, a annoncé que 107 communications ont initialement été retenues pour cette deuxième édition. Après des désistements, 93 communications devraient finalement être présentées au cours des deux jours de travaux.

Et de préciser que ces communications s’inscrivent dans les différents axes retenus autour de la thématique générale du colloque. « Toutes les communications durant ce colloque vont tourner et s’inscrire dans cette thématique générale », a-t-il indiqué.
Il a également relevé que la rencontre intervient dans un contexte où la production des savoirs et des discours sur l’Afrique a longtemps été abordée à partir de modèles et de référentiels occidentaux. Les travaux de l’OPAD entendent ainsi contribuer à la réflexion sur la place des théories et épistémologies africaines dans la production scientifique contemporaine.

Notons que les participants sont venus du Mali, du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Togo, de la Guinée, de la RDC, du Gabon et du Cameroun. L’édition est patronnée par Dr Apollinaire Joachimson Kyélem de Tambèla, président de l’IPN Farafina.
Jean-François SOMÉ
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