Concours directs 2026 : Quand les pères prennent le relais pour permettre à leurs épouses de composer

Depuis le 15 juillet 2026, les concours directs de la Fonction publique battent leur plein au Burkina Faso. Chaque matin, des milliers de candidats prennent d’assaut les centres de composition avec l’espoir de décrocher un emploi dans l’administration publique. Mais tous ceux qui s’y rendent ne vont pas pour composer. Parmi eux, des hommes ont choisi d’endosser, le temps des épreuves, le rôle de baby-sitters afin de permettre à leurs épouses, conjointes ou compagnes de passer les examens en toute sérénité. Aux abords des centres de composition, ces pères veillent sur leurs enfants, illsutrant en toute beauté, la solidarité, le partage des responsabilités et la complémentarité au sein du couple. Ce lundi 20 juillet 2026, à Ouagadougou, Minute.bf est allé à leur rencontre.

Devant plusieurs centres de composition des concours directs de la Fonction publique, une scène retient l’attention depuis le 15 juillet, début des épreuves. Des hommes, bébé dans les bras ou jeunes enfants à leurs côtés, attendent patiemment la fin de la composition de leurs épouses. Pères ou simples conjoints, ils ont choisi de suspendre leurs activités quotidiennes pour accompagner leurs conjointes et s’occuper des enfants pendant les épreuves.

Moïse Tiendrebéogo, enseignant

Sous un arbre, à l’ombre de la cour du centre de composition de Tampouy E et F, Moïse Tiendrebéogo berce son bébé pendant que sa femme compose. Enseignant de profession, il affirme avoir pris cette habitude depuis le début des concours. « Si ma présence peut lui permettre de se concentrer et de composer dans de bonnes conditions, alors c’est normal que je sois là », explique-t-il.

Pour M. Tiendrebéogo, la réussite professionnelle de sa femme représente un atout pour toute la famille. « Dans le foyer, si les deux personnes travaillent, ça aide. En réalité, il faut que les hommes comprennent que la femme, c’est eux-mêmes, car si ça va chez la femme, le foyer vivra heureux. Mais si c’est le contraire, forcément le couple va subir un déclin », raconte Moïse Tiendrebéogo.

« Chez nous, les Mossi, nous avons un proverbe qui dit qu’une main ne peut pas ramasser la farine. Ce n’est pas pour dire qu’une seule main ne ramasse pas la farine, mais le ramassage n’est pas rapide », poursuit M. Tiendrebéogo, en maintenant que c’est l’homme plus la femme qui font le couple, et qu’il y va de leur devoir de se soutenir.

Abass Sawadogo, technicien en fibre optique

Même scénario pour Abass Sawadogo, technicien en fibre optique. Depuis le début de la composition, il accompagne chaque matin son épouse avec leur nourrisson. « L’enfant tète encore. Il était plus simple de venir avec elle et de garder le bébé pendant les deux heures de composition », confie-t-il. Abass Sawadogo voit dans ce geste une manière de partager les responsabilités parentales et d’apporter un soutien moral à sa conjointe. « J’aurais pu me dire que laisser mon sommeil et venir m’asseoir ici pendant qu’elle compose, puis l’attendre, n’est pas faisable, mais ma conscience ne me le permet pas. Si Dieu fait grâce et que ma femme gagne son concours cette année, ce n’est pas à elle seule que cela profitera, mais à notre couple. Je prie vraiment Dieu que cette année soit la sienne. À mes frères qui refusent cette tâche-là, je leur dis que c’est 1+1 qui fait 2, pour dire qu’un salaire plus un salaire font deux, et cela permet de mieux supporter les dépenses », a-t-il rappelé.

Bercer un enfant ne diminue pas la valeur de l’homme

Au centre de composition du Lycée municipal de Sig-Nonghin, le constat est le même. Dès l’entrée, des cris de nourrissons nous accueillent çà et là. À quelques mètres de là, Issa Koh, attaché d’éducation, ne cache pas son étonnement face à ceux qui considèrent encore la garde des enfants comme une affaire exclusivement féminine.
« Un enfant appartient aux deux parents. Si la mère a une opportunité importante, le père doit pouvoir prendre le relais sans complexe », estime-t-il.

Pour Issa Koh, le couple doit s’entraider pour l’épanouissement du foyer. « Certains stéréotypes disent que prendre soin ou garder un enfant est une tâche réservée aux femmes. Moi, je ne partage pas cette pensée, car l’enfant, nous l’avons conçu tous les deux. Donc, si je peux garder notre enfant pour que sa maman vaque à autre chose, je ne vois pas ce qui peut m’en empêcher. D’aucuns disent également que la femme devient incontrôlable quand elle est financièrement stable, mais moi, je ne partage pas totalement cette pensée, parce que nous avons beaucoup d’exemples de femmes autonomes avec des familles harmonieuses. Par là, j’invite mes frères qui croient à ces préjugés-là à revoir leur manière de penser, car dans la vie moderne que nous vivons, chacun doit apporter sa partition, et pour y arriver il faut que le couple s’épaule », a-t-il dit.

Issa Koh, attaché d’éducation

« Il arrive que des hommes refusent que leur femme travaille. Je pense que même si ta situation est stable, tu ne sais pas de quoi est fait demain. Si un homme dit à sa femme de ne pas travailler et que demain il n’est plus là, il a laissé toute la famille dans un gros trou dont la femme va vraiment galérer pour sortir. Donc soutenons nos femmes dans leurs différentes initiatives visant à mettre la famille à l’aise », a lancé, M. Koh. Pour finir, il a souhaité toutes les chances de réussite à sa bien-aimée.

Pour Pascal Sinaré, professeur de sciences physiques, cette attitude relève avant tout de l’éducation reçue. « Dans ma famille, les tâches domestiques n’étaient pas réservées à un seul sexe. Soutenir sa femme, c’est soutenir l’avenir du foyer », affirme-t-il.

M. Sinaré dit également être choqué lorsque des hommes refusent de bercer un bébé parce qu’ils croient que cela diminue leur valeur ou que c’est une honte pour eux. « Mon acte est dû à l’éducation que j’ai reçue depuis mon plus jeune âge. J’avais cette habitude de prendre soin de mes frères et sœurs. L’éducation que j’ai reçue m’impose toute tâche. Chez nous, on ne regardait pas ton genre avant de te donner une tâche domestique », a raconté M. Sinaré.

Pascal Sinaré, professeur de Sciences physiques

Selon lui, tout ce que l’homme peut faire pour soutenir sa femme, il ne doit pas hésiter, car la réussite de cette dernière est la réussite de toute la famille.
« En accompagnant ma femme dans sa quête d’un travail dans la Fonction publique, j’éduque en même temps mes enfants pour qu’ils comprennent que garder son enfant n’est pas une honte, c’est plutôt une fierté. Si ma femme gagne le concours cette année, j’en serai très ravi, car j’aurai contribué à cela », explique Pascal Sinaré.

Concernant certains préjugés, M. Sinaré s’exprime : « Quand certains disent que lorsque ta femme gagne un travail stable, elle devient insoumise, moi je pense que tout cela dépend de son éducation. Vous allez voir de grandes cadres qui sont respectueuses envers leur époux et leur entourage, pendant que des femmes qui n’ont pas ce statut sont irrespectueuses envers leur époux. Donc c’est juste une question d’éducation. Je reste convaincu que nos femmes ont besoin d’un soutien et nous avons le devoir de les accompagner sur la voie de leur bien-être ». Pour finir, Pascal Sinaré a tenu également à souhaiter toutes les chances de réussite à sa femme.

Olivier Kaboré, plombier

Olivier Kaboré, plombier, partage la même conviction. Depuis plusieurs sessions de concours, il accompagne systématiquement son épouse. « Sa réussite, c’est aussi la nôtre », résume-t-il simplement.
« Depuis que nous vivons ensemble, je l’accompagne dans ses études. C’est ma conscience qui me dicte de la soutenir, car sa réussite est notre réussite. Vous voyez que l’enfant est assez grand. J’aurais pu rester à la maison avec lui et donner la moto à ma femme pour qu’elle vienne composer, puis revienne me remettre l’engin. Je pouvais aussi décider de le laisser chez sa grand-mère et venir la déposer puis la récupérer à la fin pour la ramener à la maison. Mais vu qu’il était tôt, je ne pouvais pas amener l’enfant déranger sa grand-mère ni laisser sa maman venir seule, car ce n’est pas prudent. Donc je suis là avec lui, et nous attendons que notre maman finisse de composer. Nous espérons que sa souffrance sera récompensée par son entrée dans la Fonction publique », dit-il.

Tout en invitant les frères qui pensent que dans le foyer chacun doit se débrouiller seul à mettre fin à cette idéologie, Olivier Kaboré a tenu à rappeler que dans la vie, c’est l’homme qui fait l’homme. Selon lui, c’est le devoir des couples de s’épauler et de s’entraider pour l’harmonie du foyer.

Au fil des centres visités, les témoignages convergent. Ces hommes ne se présentent pas comme des « baby-sitters de circonstance », mais comme des partenaires engagés dans la réussite de leur couple. Leur présence traduit une conception plus collaborative de la vie familiale, où les rôles s’adaptent aux besoins du moment.
Au-delà des concours directs 2026, ces scènes observées à Ouagadougou illustrent une mutation progressive des mentalités. Dans de nombreux foyers, l’entraide conjugale s’impose de plus en plus comme un levier de stabilité économique et d’épanouissement familial. Pendant que les candidates composent pour décrocher un emploi dans la Fonction publique, ces pères, eux, composent une autre partition : celle d’une parentalité partagée et d’un couple fondé sur la solidarité, la confiance et le soutien mutuel.

Il faut noter que la composition se poursuit tous les jours sur l’ensemble du territoire burkinabè jusqu’au 22 juillet prochain.

Nadège KINDA
Minute.bf

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