Ouagadougou : Le cadre 2HK mobilise autour des défis de l’AES et du rôle de la jeunesse africaine

Le cadre Deux Heures Pour Nous, Deux Heures Pour Kamita (2HK) a organisé, le mardi 23 juin 2026 à Ouagadougou, une conférence publique sur les enjeux géopolitiques de l’Alliance des États du Sahel (AES) et le rôle de la jeunesse dans la renaissance africaine. Les conférenciers étaient le journaliste malien Abdoul Niang et le président du Front populaire panafricain (FPP), Wanaminou Nogbo Dabé de la Côte d’Ivoire.

Dans un monde dominé par les intérêts au niveau de la coopération internationale, interroger la nature de la diplomatie interétatique s’avère nécessaire. C’est dans cette logique que s’inscrit la conférence publique voulue par le cadre Deux Heures Pour Nous, Deux Heures Pour Kamita autour de la thématique : « Comment concilier les intérêts des États de l’AES face à la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite ? »

Selon le conférencier Abdoul Niang, l’Arabie saoudite est un État souverain dirigé par une famille. D’après lui, c’est l’un des rares pays au monde gouvernés par une dynastie, la famille des Saoud.

Une vue des participants

Mais comment tout cela est-il arrivé ?

En effet, dans les années 1700, explique-t-il, dans le contexte de la colonisation britannique, les Anglais, lors de leur expansion coloniale, ont cherché des alliés locaux pour asseoir leur domination. Ils ont alors identifié un religieux, Mohammed Ibn Abdel Wahhab, et un chef de tribu, Mohamed Ibn Saoud. Le premier menait une lutte contre d’autres musulmans qu’il qualifiait de « mécréants ». Une alliance s’est alors formée entre le religieux et le chef politique, avec un partage des rôles : les descendants du chef politique dirigeraient l’État, tandis que les religieux assureraient l’encadrement religieux et l’éducation.

Abdoul Niang, Journaliste malien, conférencier

Avec le soutien indirect des puissances coloniales, ils ont progressivement pris le contrôle de l’espace, jusqu’à la création de l’Arabie saoudite, nom donné à ce nouvel État. « L’idéologie issue de ce courant est appelée wahhabisme, parfois assimilée au salafisme. Elle est présentée ici comme une matrice doctrinale ayant influencé certains courants extrémistes contemporains », a rappelé Abdoul Niang, remettant en cause l’idée selon laquelle le terrorisme s’expliquerait uniquement par le chômage.

À l’entendre, d’autres disent que ces phénomènes n’ont rien à voir avec la religion. Pourtant, de nombreux responsables de groupes armés ont suivi des formations supérieures dans différentes institutions internationales.

« Certains pilotes impliqués dans les attentats du 11 septembre ont été formés dans des écoles de pilotage aux États-Unis. Il faut donc reconnaître que le phénomène est complexe et multicausal. Dire que le terrorisme n’a aucun lien avec la religion n’est pas exact, tout comme dire qu’il est uniquement religieux est également réducteur. La religion fait partie des facteurs, et il faut avoir le courage de le dire pour comprendre le phénomène dans sa globalité », a fait savoir le journaliste Abdoul Niang.

Toujours selon Abdoul Niang, la diplomatie religieuse saoudienne s’inscrit dans ce cadre. Elle est perçue, de son avis, comme un outil de soft power, c’est-à-dire une manière d’influencer sans recourir à la force, à travers la culture, les médias et la religion. Les principaux leviers de ce soft power sont le financement des mosquées, le soutien à des institutions religieuses, la formation d’élites religieuses et l’appui à divers projets sociaux. À titre d’exemple, il a souligné qu’en 2015, plus de 200 mosquées ont été financées au Mali.

Cette influence pose des enjeux importants en matière de cohésion sociale et de stabilité politique, notamment lorsque certaines interprétations religieuses entrent en tension avec les principes de laïcité et les institutions républicaines.

« Dans certains cas, des discours religieux peuvent remettre en cause l’autorité de l’État lorsqu’ils considèrent que la loi humaine n’est pas légitime face à la loi divine. Cela peut fragiliser la cohésion nationale et créer des tensions entre citoyens en fonction de leurs appartenances religieuses », a alerté le conférencier.

Sur le plan économique, ces partenariats apportent parfois des financements utiles, notamment pour des infrastructures sociales. Mais ils ne sont pas toujours orientés vers des secteurs structurants comme l’agriculture, la recherche ou le développement industriel.

« En réalité, la diplomatie religieuse est aussi un outil géopolitique permettant à certains États de renforcer leur influence internationale tout en servant leurs intérêts économiques et stratégiques », a-t-il conclu.

Jeunesse burkinabè, jeunesse ivoirienne : même combat !

Intervenant sur la thématique « Jeunesse révolutionnaire du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire : quelle contribution à la renaissance africaine ? », le président du Front populaire panafricain (FPP), Wanaminou Nogbo Dabé, a fait savoir que la part de responsabilité est partagée entre les jeunesses. Pour lui, le combat engagé au Burkina Faso concerne l’ensemble du continent africain, en particulier la Côte d’Ivoire, dans la mesure où l’impérialisme a touché tous les pays africains.

« Le combat qui se passe au Burkina Faso concerne également la Côte d’Ivoire parce que l’impérialisme a colonisé toute l’Afrique et nous devons tous travailler à la décolonisation de notre continent, parce que sans décolonisation, il n’y a pas de développement », a-t-il déclaré.

Wanaminou Nogbo Dabé, Conférencier

Pour illustrer son propos, il a repris une image attribuée à l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Selon cette analogie, les puissances coloniales se sont imposées progressivement en attaquant les peuples les uns après les autres, pendant que les autres communautés estimaient ne pas être concernées.

« Le feu qui prend la case A doit aussi inquiéter la case B, et la case B doit aller éteindre le feu au niveau de la case A », a-t-il expliqué, appelant à une solidarité africaine forte, engagée et durable.

Wanaminou Nogbo Dabé a également défendu la nécessité d’une révolution comme étape incontournable du développement du continent. À l’entendre, l’histoire des grandes nations montre que les transformations profondes passent par des mouvements révolutionnaires.

Il a indiqué que cette dynamique est déjà en cours en Côte d’Ivoire et que sa présence au Burkina Faso vise à témoigner de l’existence d’une jeunesse ivoirienne engagée qui soutient les changements en cours au Burkina Faso et dans l’espace AES.

« À partir de la révolution, l’Afrique renaîtra de ses cendres pour véritablement aller de l’avant et compétire dans le concert des nations », a-t-il soutenu, insistant sur la nécessité, pour tout panafricaniste, d’être anti-impérialiste.

De son côté, le secrétaire général du cadre 2HK, Teehl Loé Konaté, a fait savoir que cette conférence s’inscrit dans les « activités intellectuelles » visant à renforcer les échanges entre leurs militants et certains acteurs africains influents.

À l’issue de la discussion, il a salué une journée d’échanges enrichissante, marquée par une meilleure compréhension des enjeux géopolitiques et sécuritaires de la sous-région ouest-africaine.

Jean-François SOMÉ
Minute.bf

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