Le Commissaire Divisionnaire de Police, par ailleurs Directeur de la formation continue à la Direction Générale de la Police Nationale Thomas OUEDRAOGO a brillamment défendu, ce mardi 24 mars 2026, son mémoire de Master en Coordination et Management de l’Action Humanitaire. Son travail, intitulé : « Évaluation du niveau d’intégration du genre à la Police nationale à travers la toile de l’institutionnalisation du genre », lui a valu la note de 18 sur 20.
C’est sur la problématique de l’état des lieux et du niveau d’intégration du genre dans le développement institutionnel de la Police nationale, que le Commissaire divisionnaire de police Thomas OUEDRAOGO a mené ses travaux de recherches pour l’obtention de son Master en coordination et management de l’action humanitaire. Spécifiquement, il s’est interrogé sur la prise en compte du genre dans le management au sein de la police nationale, la perception des policiers sur la prise en compte du genre dans les missions, et l’intégration du genre comme solution à la cohésion interne et à l’épanouissement des personnels. En d’autres termes, il s’est agi pour l’impétrant d’analyser le niveau d’intégration du genre à la police nationale et précisément, de « décrire la sensibilité de la police nationale au genre, mesurer le niveau d’appropriation du genre par les policiers et d’évaluer l’impact du genre sur la cohésion entre les policiers et leur épanouissement ».

Pour mener à bien la réflexion, M. OUEDRAOGO est parti de l’hypothèse que l’intégration du genre à la police nationale améliore l’efficacité opérationnelle et renforce la légitimité de l’institution. Ainsi, il a postulé que le management au sein de la police nationale promeut le genre tant dans son organisation que dans le fonctionnement, et que les personnels policiers ont des perceptions différentes de l’intégration du genre au sein de la police nationale. Enfin, il a avancé que l’intégration pleine du genre renforce la cohésion interne et l’épanouissement des personnels.
L’intégration du genre dans la police, selon l’impétrant, est une stratégie qui vise à inclure les perspectives masculines et féminines dans les politiques, programmes et pratiques policières pour atteindre l’égalité, améliorer l’efficacité opérationnelle et accroître la confiance du public. Elle favorise, dit-il, une police plus représentative de la diversité, augmentant ainsi sa légitimité dans la société. Mieux, poursuit-il, l’évaluation de l’intégration du genre est l’étape qui permet de passer des intentions aux résultats concrets et même qu’elle sert d’instrument de mesure ou de vérification de la matérialité des politiques publiques mises en place au sein de l’institution policière ou dans les services.
Pour ce faire, le Commissaire de Police Thomas OUEDRAOGO a combiné une approche mixte (quantitative et qualitative) dans son étude qui a couvert l’ensemble des régions du Burkina Faso à travers un questionnaire adressé aux personnels et un guide d’entretien adressé aux responsables des différentes directions de police.

L’étude menée par M. Ouédraogo sous la direction du Pr Alain Joseph SISSAO et la Co-direction du Dr Pascal BONKOUNGOU a révélé plusieurs insuffisances dans l’intégration du genre au sein de la Police nationale. Précisément, l’impétrant a noté une prédominance des hommes sur les femmes et une répartition suivant les régions qui met en lumière une fracture spatiale et sécuritaire au sein de la Police Nationale du Burkina Faso, où les effectifs féminins se concentrent dans les grands centres urbains notamment dans les régions du Kadiogo et d’Oubri (en raison de sa proximité avec la ville de Ouagadougou). Du point de vue des carrières par exemple, le commissaire divisionnaire Ouédraogo a relevé des inégalités persistantes dans l’évolution de la carrière. « Les femmes peinent à monter en grade au sein de la Police nationale et dans certaines zones, elles semblent exclues de certains niveaux de responsabilité », a-t-il expliqué. Sur ce point toujours, il a noté une évolution divergente : de la base vers le sommet pour les hommes alors que l’effectif féminin décroît à mesure que l’on monte dans la hiérarchie. D’où, un accès à la promotion beaucoup plus limité chez les femmes avec pour conséquence une faible féminisation du commandement et une concentration des femmes majoritairement dans le corps des sous-officiers.

En outre, il a soutenu que les personnels policiers ont des perceptions différentes de l’intégration du genre au sein de la police nationale. A l’en croire, pendant que « le commandement semble entièrement satisfait, le personnel en revanche a des avis divergents et la situation d’insatisfaction pourrait trouver une réponse dans les frustrations émanant des violences dont certains ont déclaré avoir été victimes en raison des discriminations souvent vécues… ». « Ce contraste, dit-il, est encore plus visible lorsqu’ils évoquent les matériels, les équipements et infrastructures souvent inadaptés à tous les genres ».
Pourtant, le Commissaire Thomas Ouédraogo demeure convaincu que l’intégration pleine du genre renforce la cohésion interne et l’épanouissement des personnels. Pour lui, la représentation équilibrée des femmes et des hommes est un levier stratégique qui renforce la cohésion interne, améliore la performance et favorise l’épanouissement des personnels.
Ainsi, a-t-il formulé des recommandations pour inverser la tendance. D’une part, il a suggéré la mise en œuvre d’une stratégie genre au sein de la police pour promouvoir le leadership féminin et revoir les politiques de recrutement, de formation, d’emploi et de promotion afin d’éliminer toutes sortes d’inégalités liées au genre. Il pense également qu’il y a lieu de former et sensibiliser pour un changement de mentalités en faveur de la promotion du genre au sein des services car, mieux le genre est pris en compte, mieux les rendements seront accrus, d’adapter les infrastructures aux besoins des personnels et des usagers des services, de prendre impérativement en compte les femmes et les hommes dans les dotations individuelles ou collectives de matériels et d’équipements. Également, il propose de combattre les stéréotypes liés au genre et créer des canaux de communication permettant d’enregistrer des plaintes d’agents de sexe féminin (surtout) sur toutes les questions liées au sexisme et à la misogynie tout en travaillant à décourager tout auteur de propos sexistes et plaisanteries de mauvais goût à travers des sanctions exemplaires…

Un travail salué par le jury qui l’a sanctionné de la note de 18/20
À l’issue la présentation des résultats de ses travaux de recherche et les échanges qui ont suivi, les membres du jury ont unanimement reconnu la qualité du mémoire.
Le directeur de mémoire, Pr Alain Joseph SISSAO a d’abord relevé la détermination et le sérieux avec lequel l’impétrant a conduit ses recherches. Il a évoqué un travail « équilibré et bien structuré », malgré les contraintes de temps.
Dans la même dynamique, le rapporteur, Dr COMPAORE Issoufou, a salué un document « fluide, digeste », appuyé par des données et statistiques pertinentes. Il a suggéré à l’impétrant d’intégrer les nouvelles formes de criminalité à l’analyse, dont il a fait cas.
Mais les éloges n’étaient pas encore à leurs bouts. Prenant la parole à son tour, la présidente du jury, Dre Minimalo Alice SOME/SOMDA, a qualifié le travail d’« abouti ». Elle a admiré l’effort de documentation. Elle a également rappelé l’importance de distinguer les notions d’égalité et d’équité, soulignant que « toute la lutte du genre vise l’égalité en droits ».

Ces appréciations élogieuses ont conduit le jury à attribuer, à l’unanimité, la note de 18/20 au mémoire du Commissaire divisionnaire de police Thomas OUEDRAOGO.
Après réception de son document, M. OUEDRAOGO n’a pas caché sa joie. Au-delà de la validation académique, il voit en ce document une contribution à la réflexion sur l’intégration du genre dans les forces de sécurité, une dimension importante, selon lui, pour le développement et l’efficacité du système policier burkinabè.
Enfin, il a remercié le corps enseignant pour l’encadrement, sa famille, ses collègues et amis pour leur accompagnement, sa hiérarchie ainsi que les directions régionales de la Police nationale, qui ont facilité la collecte des données.
Sidziguin Irène Corinne Sawadogo
Minute.bf





