Dans la région du Nakambé, à Kala (nom d’emprunt), la terre avait fini par se taire. Les champs étaient abandonnés, les routes devenues impraticables, minées par l’insécurité et la menace terroriste. La peur avait vidé les campagnes. Beaucoup étaient partis. Malgré ce contexte, un producteur, Ali (nom d’emprunt), a décidé de miser gros sur la paix retrouvée. Nous l’avons rencontré sur ses terres, le jeudi 12 février 2026.
Dans la plaine verdoyante qui s’étend aux abords du village de Kala (nom d’emprunt), le paysage a radicalement changé.

Alors que la sécurité revient peu à peu dans les zones jadis sous menace terroriste, des hommes et des femmes écrivent une nouvelle page de l’histoire de cette partie de la région du Nakambé.
Là où la broussaille et la peur régnaient en maîtres, s’étendent désormais à perte de vue deux hectares (2ha) de bananeraies soigneusement entretenues. Le propriétaire de ces plants, Ali, un quinquagénaire au regard déterminé, contemple son domaine avec une fierté non dissimulée. Il est le symbole vivant de la résilience burkinabè tant prônée par les plus hautes autorités du pays.

Il y a encore peu, cette terre était un « no man’s land », interdite d’accès à cause de l’insécurité. Comme beaucoup, Ali avait dû fuir, le cœur lourd, laissant derrière lui l’héritage de ses aïeux. Mais contrairement à d’autres, il n’a jamais cessé d’y croire. Ali guettait chaque information, chaque avancée des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP). Lorsque les premiers échos de la reconquête lui sont parvenus, il y a 2 ans, une idée a germé dans son esprit. Il était temps de revenir, et surtout de revenir plus fort.

« Investir ici, après tout ce qu’on a vécu ? Beaucoup n’y croyaient pas. Mais moi, je regardais le travail des Forces combattantes. Je voyais la terre qui avait soif d’être cultivée. Je me suis dit que le meilleur moyen de remercier nos soldats, et de prouver que les terroristes avaient perdu, c’était de faire repartir la vie. Et quoi de plus vivant qu’une plantation au bord du fleuve… », nous explique Ali en caressant avec fierté une feuille de bananier.
Son combat est celui de la souveraineté alimentaire. Avec un courage inouï, il a été l’un des premiers à défricher, à planter, à irriguer. Ali a investi ses économies, parié sur un avenir que beaucoup croyaient incertain.
« Je voulais un grand défi. Planter 2 hectares de banane plantain, c’est un message. C’est dire au monde que notre pays n’est pas qu’une terre de défis sécuritaires, mais une terre d’avenir et de promesses. C’est prouver, à ma manière, que le Capitaine Ibrahim Traoré avait raison quand il affirmait que tout pousse au Burkina Faso. Ici, sous nos cieux généreux, avec de la volonté et de la bravoure, on peut faire jaillir la vie de n’importe quelle terre, même de celle qu’on a voulu nous voler », affirme-t-il avec fougue.

« La terre du Burkina Faso est généreuse. Il faut seulement avoir le courage de la travailler », affirme-t-il avec conviction.
Aujourd’hui, ses plants promettent une récolte abondante dans les mois à venir. Pour Ali, c’est une victoire personnelle, mais aussi collective. « Dans quelques mois, ces régimes seront mûrs. Et quand les Burkinabè dégusteront de l’alloco (banane plantain frite) ou du foufou made in Burkina Faso, je veux qu’ils se souviennent que ce plat est le fruit de la résistance. La résistance d’un peuple qui ne baisse jamais les bras. Et si mon exemple peut inspirer d’autres jeunes à retourner à la terre, à croire en leur pays, alors je n’aurai pas perdu mon temps », conclut Ali, avec un sourire confiant aux lèvres.
L’initiative d’Ali s’inscrit dans un contexte national porteur. Il convient de signaler qu’en plus de la banane, Ali cultive de l’arachide, et bien d’autres céréales.
Nakambé : Dans une zone nouvellement reconquise, Ali brave la peur pour faire pousser des bananes
Pour information, le lundi 02 février 2026, le Ministre de la Guerre et de la Défense patriotique, Général Célestin Simporé, a affirmé que l’intensification des opérations militaires a permis le contrôle intégral de près de 74 % du territoire national. Ce taux correspond à environ 400 à 500 villages reconquis, offrant ainsi de nouvelles opportunités de développement économique et agricole comme celle saisie par Ali.
NB : Pour des raisons de sécurité, nous avons utilisé des noms d’emprunt. Nous avons également caché le visage des personnes interviewées.
Mathias KAM
Minute.bf





